Bienvenue au labo – comment créer un corps humain ?

Au coeur de Nantes, se cache une invention géniale. Dans un des laboratoires de la Faculté de médecine, près de Commerce, une équipe de chercheurs est en train de développer une imprimante 3D biologique. Fini le plastique, eux impriment des cellules, des morceaux d’os, et peut-être même bientôt des organes. L’idée ne date pas d’hier (mais plus de 1988, pensée par Docteur Robert J. Klebe de l’Université du Texas) mais les premières avancées se font seulement connaître.

Tout consiste à trouver le bon matériau. L’équipe de UMR 1238 s’est procuré un alginate, une substance dérivée d’une famille d’algues brunes. Alors que tout néophyte pourrait croire à un gel comme les autres, celui-ci grouille… Il contient la vie : les cellules y interagissent. Une fois inséré dans l’imprimante, il sert comme tout autre gel à créer un objet. Celui-ci prend la forme qu’on veut bien lui donner.

Bientôt, on pourra imprimer directement dans le bloc opératoire, sur le patient.

Pierre Layrolle, directeur de recherche de l’UMR 1238, Sarcome osseux et remodelage des tissus calcifiés à l’Université de Nantes.

Pierre Layrolle présente régulièrement la technologie lors de différentes événements de vulgarisation scientifique à Nantes. / © Cathy Dogon
Pierre Layrolle présente régulièrement la technologie lors de différentes événements de vulgarisation scientifique à Nantes. / © Cathy Dogon

Luciano Vidal, doctorant en régénération de grands défauts osseux, s’est attelé au design de parties du corps. Sous ses doigts, oreille, partie du fémur, ou partie de genou ne deviennent qu’une succession de points, ordonnés par ordinateur. A long terme, un individu lambda pourra scanner son corps, préparer un genou numérique de substitution, puis prévoir son impression, juste avant de risquer de casser le sien au ski.

© Cathy Dogon
© Cathy Dogon

Pour l’instant cantonnée à l’os

Les recherches n’en sont pour le moment qu’au stade de l’implantation chez la brebis. Quelques ajustements doivent être faits. Il ne s’agit là que de l’impression d’os. Les organes demandent eux la corrélation entre les différentes matières (et donc très techniquement, plusieurs pointes coordonnées dans l’imprimante 3D), mais surtout la vascularisation. Ils ont une fonction précise, alors qu’un os est inerte.

© Cathy Dogon
© Cathy Dogon

Plusieurs équipes à travers le monde s’intéressent à cette technologie au futur prometteur. Le laboratoire californien Organovo est parvenu à créer un tissu osseux et à greffer des tissus provisoires de foie.

En attendant d’être implantées à l’humain, ces créations vivantes pourraient tout de même servir la science.

Une alternative à l’expérimentation animale ?

Pierre Layrolle est directeur de recherche en “Inflammation et communications cellulaires dans les pathologies osseuses”. Son dada, ce sont les cellules cancéreuses. Quel est le lien avec la bio-imprimante 3D ? L’expérimentation ! “C’est tout de même mieux que de tester sur des animaux” commente le chercheur nantais.

La bio-impression pourra bientôt imprimer tous types de cellules. Cellules animales, humaines, cellules souches, cellules osseuses… Et si tout ce qui compose notre corps était créé artificiellement ? Des vaccins, des antibiotiques, des chimiothérapies, pourraient être testés, sans qu’un seul être vivant ne soit utilisé.

La technologie, ce concentré de vie dans une pipette, pourrait servir à expérimenter les découvertes, et à accélérer la recherche.

Exemple de production multimédia texte + vidéo, pour une série “science” sur un média généraliste, local et en ligne